Je n’ai jamais été très sportive.  On pourrait même dire pas du tout. Mes plus lointains souvenirs en termes de sport me confirment cette impression.

Déjà à l’école primaire je n’aimais pas le cours d’activité physique. Enfin si…parce qu’on pouvait parler avec les copines et faire les folles dans le vestiaire. Mais je n’aimais pas la matière… parce qu’étant un peu ronde et pas très douée j’étais toujours choisie dans les dernières pour les équipes.  J’étais un peu le « fardeau » que personne ne voulait avoir dans son équipe…et quand je me retrouvais dans une, je me faisais souvent « chamailler » par mes camarades parce que j’avais loupé le ballon, que je n’étais pas assez rapide à la course relais,…les remarques des garçons ne m’ont pas épargnées. Et puis la gymnastique, avec le petit body moulant qui montrait bien que j’étais loin d’être la finesse incarnée…l’horreur !

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Mes parents ont pourtant essayé de m’inculquer l’amour du sport…parce qu’eux avaient aimé ça, et que ça ne fait pas de tort à un enfant de bouger un peu et c’est l’occasion de se faire des amis (l’esprit d’équipe, la sociabilité, tout ça, tout ça…). Ils m’ont donc inscrit durant les vacances scolaires dans des stages multisports (oui oui) ! Je ne leur en veux pas, je sais qu’ils ont cru bien faire. Encore aujourd’hui quand j’en discute avec eux sur le pourquoi du comment et s’ils croyaient vraiment que j’allais avoir une illumination sportive, je me rends compte qu’ils étaient bien intentionnés…sauf que moi j’aurais préféré un stage peinture/théâtre/poney (oui c’est du sport mais c’est mignon les poneys)/bricolage… (Biffer la mention inutile). Du coup, même si je me suis fait des amis (quand même il y avait du positif)…je n’ai jamais eu autant les pieds de plomb pour aller en stage de vacances ! Alors quand il fallait à la fin faire une petite démonstration de basket devant l’ensemble des parents…le rouge me montait aux joues à chaque panier loupé (c’est-à-dire tous sauf un parce que le hasard il est quand même gentil des fois).

A l’école secondaire les choses se corsent. Parce qu’en primaire, les brimades de mes copains de classes concernaient surtout mon inaptitude à pratiquer un sport. A côté de ça, ils n’étaient pas bien méchants. Ça se complique dans la cours des grands…quand le corps change (trop vite et pas harmonieusement sinon ce n’est pas rigolo) et que les remarques sont beaucoup plus blessantes. J’étais ronde, pas forcément la plus jolie de l’école, intello et nulle en sport (bingo vous avez tiré le billet gagnant). Autant dire que je suis devenue, souvent, la cible des moqueries des filles « populaires » de l’école. Encore heureux que j’avais des amis formidables (dont mon chéri) qui m’ont accompagné tout au long de ces années, avec qui j’ai appris un peu à me moquer du regard des autres et à assumer mon originalité (oui parce que plutôt que de me la jouer discrète, j’avais tendance à être assez voyante et hors normes dans mes habitudes vestimentaires et mes comportements). Du coup en sport, c’était un peu la guerre du Vietnam : de la sueur, des bobos, des crampes, un moral qui en prenait un coup à chaque cours. Courir très vite dans la cours pour valider un chrono représentatif de la norme belge selon le sexe et l’âge….comment dire, les types qui établissent ce chrono ne doivent jamais fréquenter une cours d’école ! Nager d’interminables longueurs sans s’arrêter sinon bonjour les remarques du prof. Ne pas s’arrêter non plus en vélo, en courant,…on n’est pas là pour glander non mais oh ! Ajouter à ça des cours mixtes, des profs masculins tous les ans, l’impossibilité de prendre une douche après le cours (bonjour les odeurs pour le reste de la journée), le manque de responsabilité des profs (faire courir des km à des gens qui n’ont jamais couru plus de 2 minutes sans même demander un certificat d’aptitude physique ou encore faire des parcours à vélo en pleine ville, sans grande surveillance ni casque ça révèle pour moi de l’incompétence et de l’irresponsabilité). En gros un beau mélange pour vous faire détester le sport à vie !

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Et puis les études supérieures sont arrivées…et la joie de ne plus devoir se bouger ! Alors bon je me suis quand même donné bonne conscience deux trois fois l’an : un peu de piscine, un genre de «course à pied » de 10 minutes une fois par an, et quelques cours de zumba parce que c’est drôle ! Bref rien de bien sérieux mais qui donne l’impression quand même de ne pas être le sédentaire pointé du doigt dans les cours médicaux.

Ça a duré ainsi jusqu’aux grandes vacances 2014. Je me suis dit qu’il serait temps de me mettre à faire un sport sérieusement. Parce que l’air de rien je vais sur mes 25 ans, que je suis un peu ronde, et que je suis essoufflée comme un bœuf en montant les escaliers de notre appart. Que dès qu’on marche trop vite dans la rue, je ne suis plus niveau respiration. Que porter les sacs de course ça relève d’un jeu de fort boyard…je ne suis plus toute jeune et ma forme décline doucement mais sûrement. Et puis on est une famille de cardiaque. Papy a fait des thromboses dont une qui l’a entrainé doucement vers la mort début 2014. Maman prend déjà quelques pilules pour la tension. Bref…je ne me sens pas en super bonne santé. Et je commence à avoir un peu peur pour l’avenir.

Du coup j’ai commencé par quelque chose de « simple » et pas trop cardio : le yoga. Chaque matin, de septembre 2014 à novembre 2014 j’entame ma journée par 15 minutes de yoga. Rapidement je sens ma souplesse s’améliorer et mes muscles s’habituer aux poses de plus en plus complexes que je leurs impose. Je ressens rapidement des effets bénéfiques sur mon mental et je fouille sur internet à la recherche de blog pour approfondir le sujet. Et je découvre alors le blog qui va tout changer, celui d’Anne.

Je lis ses articles sur le running. Et je me surprends à l’envier…à me dire que moi aussi j’aimerais être sportive, musclée,  faire des courses,  me dépasser. Qu’est-ce qui m’en empêche ? L’image que j’ai de moi-même, les idées fausses sur moi que j’ai construite toutes ces années : je n’aime pas le sport, je ne suis pas sportive, je n’ai pas le physique pour,… Et là je lis son article où elle explique qu’elle non plus n’était pas sportive et qu’elle a débuté tout en bas.

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Ma nature optimiste y voit un signe du destin (oui rien que ça) et me pousse à me dire : voit petit, ne regarde pas le sommet de la montagne, mais chaque pas que tu fais sur la pente. Je prends le risque et j’achète quelques équipements de base pour courir. Je m’interroge sur ce qui me fait le plus peur dans l’idée de courir : manquer de souffle, avoir l’impression de perdre un poumon dans la rue, avoir mal partout le lendemain, être ridicule.

Je me dis que pour le ridicule, ça n’a jamais tué personne. Du coup, tant pis si les gens rient de moi. Pour les crampes et autres douleurs, je décide de faire des étirements ma priorité. Et pour ce qui est du souffle, je prends l’initiative de courir à mon rythme, lentement pour être à l’aise en termes de respiration, avec comme premier objectif de courir 10 minutes. J’ai ajouté une minute toutes les deux ou trois séances au début. Jusqu’à courir 30 minutes sans arrêt et sans souffrir. Le tout toujours complété de 15-20 minutes d’étirements à chaque fois. Je n’ai jamais eu de douleurs insupportables, ni marché comme un canard le lendemain. Et finalement je n’ai jamais eu honte de moi. Au contraire, je me suis à chaque séance sentie un peu plus fière de moi d’y être arrivé, d’avoir progressé, d’avoir eu la force d’enfiler mes running même les jours froids/de pluie, même quand la motivation était au plus bas.  

Aujourd’hui cela fait 6 mois que je me suis mise à courir. Un mois que j’ai repris la natation une fois par semaine. Et un mois que je fais le Top Body Challenge. Je peux dire que je suis sur la bonne voie. Je ne peux pas encore dire que je suis une sportive, mais j’en suis une en devenir.

J’aime le sport. Je ne pensais pas dire ça un jour, mais j’aime le sport. Aujourd’hui, j’ai terminé ma deuxième course officielle de 10 km avec un temps honorable pour moi (1:08:44) et meilleur que lors de ma première course.

Evidement je « souffre » en faisant du sport : les mollets me piquent quand je cours dans une montée, mes abdos brûlent quand je fais ma séance de TBC,… Ce n’est pas facile, ça ne le sera jamais je pense. Parce que même si je progresse, il y a aura toujours un nouveau défi à relever qui me demandera plus d’efforts. Les gens qui croient qu’on ne souffre pas en faisant du sport se trompent, ceux qui pensent qu’il y a des gens « qui ont faciles » et puis les autres font fausse route. Chacun souffre à son niveau, à son échelle. Mais on souffre tous. Certains moins, d’autres plus. Mais l’effort est parfois (souvent) douloureux. Mais c’est dans l’effort que la joie se construit.

Rien ne me rend plus fière que d’arriver au sommet d’une pente. Malgré les mollets qui souffrent, le cœur qui bat vite, les joues rouges, la sueur qui coule… Rien ne me rend plus heureuse que d’accomplir une course, d’aller un peu plus loin que mes limites à chaque fois. Malgré la douleur, malgré la difficulté.

C’est dans l’effort que l’estime de soi se construit. Que la fierté nait. Que la motivation grandit. Une réussite en entraine une autre. Elle donne l’envie de continuer, de se lancer de nouveaux défis, de surmonter l’échec.

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Le sport, c’est l’élément qui me manquait pour évoluer. Je ne le vois pas comme un moyen de devenir plus belle ou plus mince. Il n’est pas là pour me faire changer physiquement, mais bien mentalement. Bien évidement il y a quelques transformation physique, c’est un petit plus, mais ça ne doit pas être le but. Le sport, c’est plus profond que ça. Courir pour maigrir par exemple, ce n’est pas suffisant. Je l’ai compris rapidement. J’ai cru en commençant à courir que je deviendrais plus mince, plus élancée, plus…plus…plus…plus mieux en fait.

Oui le sport m’a rendu meilleure, mais pas physiquement. Je suis plus tonique c’est vrai, j’ai un peu fondu des hanches. Mais ce n’est pas là que le plus important de la transformation a eu lieu. Avant je me trouvais moche et grosse. Maintenant, je me trouve plus jolie. Pourtant je n’ai presque pas changé physiquement. Alors qu’est ce qui a changé ?

Je me sens plus jolie car j’ai gagné en confiance en moi. J’ai changé le regard que j’avais sur mon corps. Il n’est plus mon ennemi, mais mon partenaire. Mon compagnon de route qui avale les km avec moi. Je le regarde différemment. Je ne me bats plus contre lui, mais avec lui. Je suis fière des distances sur lesquelles il me porte, les longueurs partagées, les circuits du TBC fait. Je remercie ce corps de ne pas me laisser tomber alors que je l’ai renié et critiqué toutes ces années. Sans rancune, il me montre au quotidien tous ses possibles entre nous.

J’ai toujours pensé qu’il fallait aimer son corps. Le respecter. Ne pas lui imposer de ressembler au standard de beauté que la société nous impose. L’apprécier aves ses défauts et ses qualités. Comme on le fait pour un ami. J’ai toujours pensé que ce n’est pas le physique qui nous définit. Que les gens ne nous aiment pas plus avec des kilos en moins. Que l’amour des autres pour nous ne se définit pas en termes de beauté. Mon mari, mes amis, ma famille m’aiment pour ce que je suis en tant que personne et non parce que je suis une icône de mode.  C’est facile à dire. La théorie je la connais et j’y crois. Mais la mise en pratique est plus dur et demande un bon mental. Pas facile d’aimer ce corps imparfait. D’accepter qu’il n’est pas un corps de rêve.

Le sport est devenu la clé de cette mise en pratique. Depuis que je pratique la course à pied, je me sens mieux. J’applique la théorie plus facilement. Bien sûre il y a encore du chemin, on n’efface pas des années de complexes en quelques foulées. Mais je sens que je me réconcilie avec mon corps petit à petit. Plutôt que de le fuir, je m’associe à lui. Je vois ce qui est beau chez lui, plus encore que ses défauts. Je vois sa force, sa jeunesse, sa vitalité. Je vois aussi ses faiblesses et je sais qu’ensemble on peut les travailler.

Je n’ai plus peur du reflet du miroir. Je vois moins mes bourrelets et mieux mes jambes fines. Je vois moins la cellulite et les vergetures que les hanches qui se dessinent. Je ne pense pas un jour obtenir un corps parfait de sportive. Ce n’est pas que c’est impossible, mais c’est que ce n’est pas mon objectif. Bien sûre plus je vais pratiquer de sport, plus ma silhouette va se modifier.  Même si je mange très sainement, je mange parfois un peu trop. Le sport m’empêche de devenir trop grosse avec ces apports, mais pour devenir plus mince il faudrait que je réduise les quantités. Et je n’en ai pas envie. Mes habitudes alimentaires sont déjà très bonnes. Elles n’ont pas besoin d’être changées, seulement la quantité diminuée. Mais je ne le ferais pas. Parce que je ne fais rien de tout ça pour être plus mince, du moins plus maintenant.

Je n’en ai plus besoin. Je me sens épanouie. Je commence à être bien dans ma peau. Je suis fière de moi et je me trouve chaque jour un peu plus belle. Sans orgueil. Sans égo surdimensionné. Je vois simplement dans le miroir celle que j’ai toujours été mais que j’ai refusé de voir, obnubilée par l’idée d’être mieux, de ressembler  à d’autre. Je sais de quoi je suis capable, je découvre mes limites et comment les surmonter. J’apprivoise mon corps et je découvre des trésors en lui insoupçonnés.

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Je ne veux pas devenir une « bombe »…je veux être moi. Je veux m’aimer comme je suis. Et me faire du bien. J’ai déjà commencé. Mon corps, je commence à l’aimer et donc de là, je m’aime aussi. Je m’aime d’un regard bienveillant. Comme le regard de mes proches le font pour moi. Je n’ai pas peur de le dire, je m’aime. D’un amour sincère et juste, qui n’occulte pas les défauts mais qui met en lumière les qualités. Et parce que je m’aime, j’aime encore plus les autres. Je ne leur souhaite que la même chose. De se (re)trouver et de s’aimer. Parce que pour aimer les autres, il faut s’aimer soi-même. Parce qu’on illumine alors de l’intérieur et qu’il est plus facile d’illuminer les autres, de prendre soin d’eux, de les porter, de les aimer, de leur apporter de la chaleur et du soutien. En s’aimant, on se détourne de soi-même pour mieux se tourner vers autrui.

Le sport c’est ma thérapie. Mes exploits sportifs ce sont mes victoires, ma fierté. Mon corps c’est mon ami. Et un ami, on ne veut que le meilleur pour lui, on lui veut du bien…voilà en quoi le sport à changer ma vie. 

 

Et vous? Pratiquez-vous un sport? Quels bénéfices le sport vous apporte-t-il au quoditien?