Dans l'idée du défi végétarien, j'ai eu envie aujourd'hui de vous partager un témoignage, celui de Linette du blog  "Sortez de vos conapts".

Elle nous parle de son expérience, du cheminenment qui l'a amené au végétalisme, et surtout de son choix de laisser à ses enfants le droit de décider de manger ou non de la viande. Un beau témoignage, enrichissant, que je prend plaisir à vous partager. Une belle expérience, sans volonté d'être moralisatrice, dans le respect de l'autre et des animaux. 

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 Depuis quand es-tu végétarienne/lienne et qu'est-ce qui a été l'élément déclencheur pour toi?

Jusqu’à il y a un an et demi à peine, mon mari et moi étions de très gros consommateurs de viande et nous n’avions pas beaucoup de compassion pour les animaux. A vrai dire je n’avais aucune idée des dessous de l’élevage et à vrai dire la question ne m’intéressait absolument pas.

En réalité le tout premier élément a été le budget ! Suite à des contraintes budgétaires, nous avons été amenés à réfléchir sur la manière de réduire les dépenses alimentaires, et après plusieurs tests c’est la réduction de viande qui a remporté la partie : très efficace pour maitriser le budget, tout en préservant une grande qualité d’alimentation.

Afin de prendre nos marques dans cette nouvelle manière de cuisiner nous avons découvert les blogs végétariens et surtout, les blogs végétaliens, qui nous ont peu à peu ouvert les yeux sur la condition animale, mais aussi l’impact écologique de la consommation de viande… Nous avons alors fait un pas de plus et refusé d’acheter viande, poisson et crustacés, tout en continuant à en consommer à l’extérieur.

Mon mari est passé végétarien « pour de vrai » en janvier 2014, mon chemin a été beaucoup plus sinueux. J’ai toujours eu énormément de mal à refuser de manger quelque chose que l’on a eu la gentillesse de cuisiner pour moi… C’est un point qui me pose toujours question à l’heure actuelle d’ailleurs.

Cependant, continuant de participer quotidiennement à des communautés végé/vegan, j’ai forcément cheminé vers toujours plus de sensibilisation concernant la condition animale, y compris pour les animaux que l’on ne tue pas directement pour les manger : et en juillet 2014, j’ai compris que je ne me sentais pas à l’aise avec le végétarisme.

C’est  une réflexion personnelle, je ne l’impose à personne mais me concernant, si je réfléchis à la condition de tous les animaux d’élevage,  je ne vois plus désormais de différence par exemple entre manger un œuf et manger un poulet…les deux animaux souffrent de la même manière, malheureusement. J’ai donc décidé d’éliminer progressivement les sous-produits animaux de ma cuisine.

Aujourd’hui, j’ai  un mode de vie toujours hybride. A la maison, nous n’achetons plus aucun produit d’origine animale, nous n’achetons plus de cuir ou de plumes, nous portons une attention particulière au fait que les produits que nous utilisons pour les cosmétiques, l’hygiène ou l’entretien, ne soient pas testés sur les animaux, on n’ira plus au cirque ou au zoo je pense. Je ne critique toujours pas les gens qui consomment tout ça mais ma vision personnelle a changé…

En revanche, je ne sens pas encore le fait d’imposer le stade végétalien à l’extérieur. C’est déjà compliqué pour ceux qui nous invitent de penser à exclure la viande et le poisson ! Mon mari en revanche préfère manger une pomme que de manger un plat contenant des produits animaux. Il reste courtois et dit qu’il n’y a aucun problème : c’est à nous de nous adapter.

En revanche je ne fais aucune concession quand c’est moi qui invite ! Ce que je cuisine est forcément végétalien, quel que soit le type et le nombre d’invités : nous nous sommes mariés récemment, le buffet était végétalien. Et d’ailleurs, les gens ont beaucoup apprécié !

Parmi les arguments contre la viande, lequel te touche le plus et pourquoi?

Je pense que ce qui me choque le plus ce n’est pas qu’un être humain mange un autre animal, d’autres animaux se nourrissent de chair animale. C’est que nous, humains, ayons monté un système d’élevage industriel et d’abattage de masse, que ces millions d’animaux vivent et meurent dans des conditions complètement indignes, sans aucune chance de s’en sortir, pour au final finir cellophannés dans un système de surconsommation où une grande partie de cette production est gâchée ou jetée. De nos jours, à part dans de rares peuples étant restés proches des rituels animistes ancestraux, la consommation de produits animaux se fait dans l’irrespect de l’être vivant le plus total.

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Qu'est ce que ce mode d'alimentation t'a apporté (santé, découverte culinaire,...)?

Ce mode d’alimentation m’a apporté surtout de la diversité. J’ai supprimé les œufs de ma cuisine, mais pour un gâteau je sais  les remplacer de 5 manières différentes au minimum ! Et c’est la même chose pour chaque produit animal. Beaucoup de liberté dans ma cuisine donc, beaucoup moins de dépendance au système de consommation puisque si quelque chose vient à manquer, les possibilités étant infinies il y a toujours quelque chose dans mes placards pour remplacer en attendant le jour des courses.


Je suis absolument fascinée par la cuisine vegan et tout particulièrement par la patisserie vegan. J’ai longtemps cru que je devrais abandonner certaines recettes mais en réalité tout peut se faire en version vegan, et je suis beaucoup plus à l’aise dans mes baskets en utilisant uniquement des produits d’origine végétale.


J’espère enfin que ce mode de vie et d’alimentation me permettra de créer un support solide pour enseigner à mes enfants le respect de tout être vivant.

-Quelles sont les difficultés que tu as rencontré/rencontre toujours par rapport à ton végét*isme? (réticence de l'entourage, difficulté à manger à l'extérieur, remarques,...)

Hormis la question des restaurants qui me pose problème (j’aime bien aller au restaurant, j’ai du mal à y renoncer, mais vraiment difficile de trouver du végétalien !), on ne ressent pas d’énormes difficultés au quotidien.


Du point de vue de l’alimentation, moi ce qui me manque ce sont les fils du fromage… Du point de vue des relations sociales, on a choisi de ne pas aborder les choses de manière frontale avec notre entourage, qui dit souvent qu’on a coché la case « pas chiants ». Je laisse le temps à notre entourage de s’adapter graduellement. Finalement notre passage définitif au véganisme est un peu lié à l’évolution de notre entourage. Tout comme un jour ils ont compris que non, ce n’était plus un plaisir mais de la politesse de notre part que de manger la viande qu’ils nous servaient, un jour le passage se fera de même pour le reste des produits animaux. Bon, on est actifs dans le processus bien sûr ! Notre attitude suscitant plus de l’ouverture que de la fermeture, on a plein d’occasion d’en discuter, et aussi de sensibiliser et d’informer. La plupart de gens savent que notre mode d’alimentation à l’extérieur relève de la politesse et font vraiment des efforts pour s’adapter eux aussi. 

Par ailleurs mon mari, qui est toujours plus en avance que moi sur ces questions, est entré depuis peu dans la phase du refus (refus poli, mais refus), et comme le terrain a été préparé doucement en amont cela devrait accélérer le mouvement. Ce timing m’arrange car je me sens en ce moment, quand je mange à l’extérieur, en plein conflit avec moi-même, étant à la fois mal à l’aise de consommer des produits animaux ET mal à l’aise de devoir refuser un plat que l’on a eu la gentillesse de préparer pour moi.

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Comment adaptes-tu ce mode de vie à ta vie de  famille? Tu as des enfants, comment ça se passe avec eux?

Mon mari et moi n’avons pas les mêmes motivations mais le résultat est le même quant au régime alimentaire. Pour mes enfants, c’est un peu différent. Ils ont 3 et 5 ans, ils vont chez la nounou/à l’école et sont confrontés tous les jours aux repas omnivores. Je les laisse gérer tout en restant attentive à leurs évolutions. Nous avons prévenu l’école, la cantine, la nounou et les grands parents de ne pas les forcer à manger et de respecter leurs décisions, même si elles changent d’un jour sur l’autre. Parce que ce qui est complexe pour les enfants, c’est qu’ils sont pris entre deux feux : les convictions de papa et de maman (puisqu’à la maison ils mangent comme nous, végétalien) et le besoin de conformisme social dont ils ont aussi quelque part besoin pour se construire et se socialiser. J’ai moi-même un peu subi les convictions de mes parents de ce point de vue-là et je sais que passer pour une extraterrestre n’est pas agréable quand ce n’est pas un choix personnel. J’oriente mon éducation dans le sens  du respect du vivant, bien sûr… mais je les laisse cheminer. Je suis convaincue qu’oublier que les enfants, même petit, pensent par eux-mêmes est une grande erreur.


Mon fils de 5 ans pose des questions, je sens que ça le travaille. Parfois il dit qu’il aime la viande et qu’il souhaite en manger (ce à quoi je lui réponds que moi aussi j’aimais bien le gout de la viande, mais que j’ai fait le choix de ne pas en manger parce que je n’ai pas envie qu’un animal soit tué pour que je puisse manger). Parfois il dit qu’il ne souhaite pas en manger (en référence à la cantine où les dames essayent de lui en refiler en lui disant « mais non ce n’est pas un animal, c’est de la viande ! » ou « mais non ce n’est pas de la viande, c’est de la saucisse ! » ou « mais mange ta viande, c’est plein de vitamines et ça te fera grandir »). Bref je ne lui cache pas le lien entre la vie de ces animaux, leur mort et leur arrivée dans son assiette, en me mettant à son niveau bien sûr. Mais lui de son côté décide au jour le jour si malgré tout, l’appel du conformisme social est le plus fort.
Et puis connaissant mon propre caractère et sachant que mes enfants en ont hérité, je sais que leur imposer ce type de choix social (même si je suis bien sûre convaincue que ce n’est pas un choix que l’on devrait avoir, les animaux eux ne l’ont pas !) conduirait immanquablement à une réaction inverse à l’adolescence. En les laissant cheminer librement maintenant je fais un pari sur l’avenir.

Si tu devais donner quelques conseils à un végétarien débutant, quels seraient-ils?


D’y aller à son rythme, sans pression. De ne pas rougir de ce qui n’est pas encore fait tout en restant ouvert aux évolutions qui peuvent survenir. C’est vrai qu’à titre personnel, comme beaucoup de personnes qui sont assez avancées dans ce chemin, mon avis est extrêmement tranché. Pour moi au regard de la souffrance animale, il n’y a pas de demi-mesure entre omnivore et végétalien. Et donc je me considère encore omnivore en réalité.


Mais je sais qu’il est important d’encourager chaque petit pas. Sur un groupe facebook de végétariens, ou même sur mon blog qui est destiné à tous, y compris omnivores, je laisse mes convictions et mon militantisme de côté, je félicite et j’encourage, j’informe quand on me le demande et je le fais de la manière moins culpabilisante possible. Je dirais donc à un végétarien débutant de choisir ses interlocuteurs : conserver les pédagogues et laisser de côté les autres.

 

Une recette préférée :-)


En ce moment j’ai 2 coups de cœur : la tarte au citron crue, à base d’avocats, de chez Jardin Vegan, et la mousse au chocolat à base de jus de cuisson de pois chiches monté en neige : les deux sont tout simplement bluffantes et font l’unanimité. D’un point de vue stratégique, elles ont un énorme avantage : elles provoquent de la surprise et de la fascination. Les gens qui les goutent en repartent avec un sentiment très positif sur la patisserie végétalienne !

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