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L’article que je vous propose aujourd’hui est un peu différent de d’habitude. C’est plutôt un article humeur, un cri lancé dans les méandres d’internet.

Commençons par le début. Le début c’était hier, mais ça aurait pu tout aussi bien être aujourd’hui. Et malheureusement le début aurait pu aussi se situer demain. Le début, il se situe dans chaque jour qui passe.

Mais commençons vraiment. Mais pas par le début finalement. Connaissez-vous cette jolie vidéo de Jubilee Project où l’on pose une question à 50 personnes différentes. La question était : « Si vous pouviez changer une seule chose à votre corps, que changeriez-vous ? »

Elle a été posée à des adultes qui ont évidemment répondu qu’ils changeraient les parties de leurs corps les complexant. Mais elle a aussi été posée à des enfants, et leurs réponses sont plutôt inattendues…

Je vous laisse juger par vous-même en vous mettant le lien de la vidéo.

Cette vidéo, très touchante, m’a beaucoup émue. Je me suis demandé aussi ce que je changerais dans mon corps…

Jusqu’à hier je vous aurais répondu : mes cheveux trop lisses avec lesquels il est impossible de faire un chignon digne de ce nom…ou encore mon petit ventre que je trouve un peu trop rond.

Mais ça c’était jusqu’à hier !

Vous vous demandez certainement ce qu’il y a bien pu se passer ce 12 novembre 2014 pour venir vous en parler. Qu’est-ce qui a changé ?

Et bien je vais vous le dire…

Hier, précisément en fin d’après-midi, je faisais mon petit jogging (oui je me suis remise à courir depuis 5 semaines il faudra aussi que je vous parle de ça un jour) tranquillement, fière de mon temps et de pouvoir profiter encore un peu de la clarté de cette fin de journée. Et puis, au détour d’une rue, il a fallu que je tombe sur un con.

Un con qui trouvait que vraiment, un petit cul qui se dandinait en courant, ça ne pouvait attendre rien d’autre qu’une main.  Et donc il m’a mis la main aux fesses. Sans gènes aucune, avec un grand sourire de fierté.

Le temps que l’information m’arrive au cerveau, que je stop les chronos et m’arrache les écouteurs des oreilles il était deux bons mètres derrière moi. Mais qu’importe. J’ai fait demi-tour et je suis allé le trouver. J’ai parlé fermement, en soutenant son regard, j’ai peut-être même un peu trop crié. Les gens nous regardaient. Mais je m’en foutais. Je lui ai dit ma façon de penser, et je ne l’ai pas lâché jusqu’à ce qu’il s’excuse et parte en ravalant sa fierté.

J’ai remis mes écouteurs et je suis repartie. J’ai fait mon meilleur temps. La rage ça a du bon parfois.

Voilà ce qui c’est passé hier. Ce n’était pas la première fois. Il y a un peu plus d’un an j’ai eu le même coup…mais je n’ai rien dit, j’avais trop peur. Cette fois-ci j’ai refoulé ma peur et j’ai osé m’exprimer parce que j’ai trop regretté de n’avoir rien dit la première fois.

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Et dès lors j’ai repensé à cette question…et la réponse m’est venue tellement naturellement : je voudrais changer de sexe.

Je ne veux pas changer de sexe comme ces personnes qui se sentent homme dans un corps de femme ou l’inverse.

Non, je me sens femme dans mon corps de femme. Même si je me demande bien finalement ce que ça veut dire ce sentir femme. Disons que je me sens bien, dans ma tête et dans mon corps.

Non, je voudrais changer de sexe pour être un homme. Et même osons l’écrire un Homme avec un grand H. Et une belle paire de couilles, des poils au menton et une grosse voix. Dans les 2 mètres, pour qu’on ait peur de me croiser le soir dans la rue. Et qu’on ne me cherche pas de misères.

Je voudrais changer de sexe parce que je n’aime pas mon statut de femme dans cette société. Je ne l’aurais pas plus aimé dans les siècles passés. Mais je crains de ne pas l’aimé non plus dans un futur plus ou moins lointain.

Je n’aime pas l’image que la société me renvoie, sur mon sexe et ce que je dois être. Quand je marche en rue, je ne me sens pas souvent (voir jamais) en sécurité. Ce n’est pas de la paranoïa…c’est une constatation.

Je ne me sens pas un être humain, respecté dans sa globalité. Et comment pourrais-je l’être ? Quand je sens le regard vicieux de certains hommes sur ma poitrine qui se soulève à chaque inspiration. Je n’ai pas demandé à être bien fournie par dame nature, mais je le paie cher. C’est un cadeau empoisonné.

Je ne me sens pas un être humain, respecté dans sa globalité, quand je me fais siffler dans la rue comme on appelle un chien, oserais-je même dire une chienne. Et quand on m’appelle avec ce petit bruit monstrueux, vous savez, celui que l’on utilise pour chercher Minou dans l’appartement ? Là, je me sens réduite à moins que rien…une chatte sur patte ! Qu’on m’appelle vulgairement, avec un son, parce que je mérite moins que des mots.

Je ne me sens pas un être humain, respecté dans sa globalité, quand même les mots qui me sont adressés sont lourds de sous-entendus. Quand les « mademoiselle » qui me sont adressés n’ont rien de flatteurs et ne sont pas là pour m’avertir que j’ai fait tomber quelque chose derrière moi autre que mon humanité.

Je ne me sens pas un être humain, respecté dans sa globalité, quand ne sachant que dire, je préfère nier plutôt que de réagir et que dès lors je me fais insulter. Parce que le silence fait de moi une « salope ». Parce que même une fois mon silence, mélange de peur et de mépris, m’a valu un « je vais te saigner sale pute ! » en rentrant un soir chez moi. Encore heureux que les copains du type l’on retenu…sinon je ne sais pas si les mots auraient été les seuls à me blesser.

Je ne me sens pas un être humain, respecté dans sa globalité, quand j’ose l’ouvrir, comme hier, et que l’autre me dit que c’était pour rigoler et m’encourager à courir. Je n’ai pas ris, moi. Quand je me permets de remettre un homme à sa place et qu’il me menace de son poing. Quand je n’ai finalement ni le droit de la fermer, ni le droit de l’ouvrir. Que je n’ai qu’à subir parce qu’après tout je ne suis qu’une femme.

Et que si on a m’a donné des seins c’est pour que certains hommes puissent les regarder. D’ailleurs je n’avais qu’à pas laisser un bouton de ma chemise ouverte. C’est de ma faute, je provoque.

Et que si on m’a donné des fesses c’est pour que certains hommes puissent les toucher. D’ailleurs je n’ai qu’à pas mettre un jogging. C’est de ma faute, je provoque.

Et que si on m’a donné un prénom, un statut, des droits c’est pour que certains hommes puissent les bafouer.

Certains diront que ça a toujours été comme ça. Que ce n’est pas pire maintenant qu’avant comme on essaie de nous le faire croire. Mais dans le fond je m’en fou. Je m’en fou que ça ait toujours existé, que c’est « plus pire » ou « moins mieux » qu’avant. Je m’en fou parce que hier, aujourd’hui ou demain ça ne devrait pas exister. Et ce qui m’importe, c’est aujourd’hui. Alors peut-être que le sujet est plus médiatisé, qu’on en parle plus, que les femmes osent dire ce qu’elles ressentent et ont vécu, qu’internet et les blogs, et tout ça met en lumière une problématique qui existe depuis toujours.

Qu’avant c’était pareil, je n’en sais rien, je n’étais pas là pour le voir. Mais ma grand-mère me dit que quand elle avait 15 ans, elle se rendait avec ses cousines à des bals dans les villages voisins en marchant seules, en petit groupe de fille, la nuit dans les campagnes. Et qu’il ne lui est jamais rien arrivé, même pas une mauvaise rencontre. Evidement à l’époque il n’y avait pas autant de voiture pour klaxonner, ralentir, ouvrir les fenêtres et proférer des horreurs en roulant au pas.

Qu’avant c’était pareil, je n’en sais rien. Ce que je sais c’est que quand j’étais infirmière, dans un contexte de soin, des patients m’ont mis la main aux fesses. Un a même essayé de m’arracher ma blouse. Et le pire de tous ces hommes m’a attrapé par la taille et m’a attiré dans son lit alors que je faisais sa toilette. Même dans un contexte professionnel, j’ai eu à faire face à des hommes qui me considéraient comme un simple morceau de chair…de la chair en crocs et avec un set de pansement, mais de la chair quand même. Alors si on peut avoir le pansement et l’infirmière avec pourquoi se priver.

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Projet crocodiles 

Qu’avant c’était pareil, je n’en sais rien. Ce que je sais par contre c’est que c’est comme ça aujourd’hui. Et non ce n’est pas une exagération. Ce n’est pas de la paranoïa comme j’entends souvent certains hommes dans les média. Et que ça n’est pas de l’hétérophobie comme le dit Philippe Candeloro quand on lui reproche des propos sexiste et ses sous-entendus lourds. Être attiré par une femme ne justifie pas l’irrespect. Cela ne donne pas un droit de toute puissance sur l’autre : cette femme, je la veux, du coup je fais et dit ce que je veux.  

Qu’avant c’était pareil, je n’en sais rien. Ce que je sais c’est que j’en viens même à craindre d’avoir une fille plus tard, parce que je ne veux pas lui donner cet héritage merdique. Avoir peur pour elle et avec elle. Parce que je voudrais qu’elle soit fière d’être ce qu’elle est et non pas rabaisser par ce genre de comportement.

Ce n’est pas castrer les hommes que de demander du respect. Respecter l’autre, c’est aussi se respecter soi-même. C’est éviter de continuer à véhiculer cette image d’hommes en rut qui ne savent pas se contenir, sans dignité aucune. Parce que pour quelques rares cons (osons appeler un chat un chat) ce sont tous les hommes qui se retrouvent stigmatisés par ce genre de comportements. Quand je vois un type dans la rue je ne sais pas dire d’avance : lui il ne va rien me faire, lui il va juste l’ouvrir, lui il va me mettre la main aux fesses…je sais simplement mettre mon cerveau sur « urgence » jusqu’à ce que je l’ai dépassé. Et du coup je dévalorise certains hommes respectueux.

Alors oui je voudrais changer de sexe, je voudrais être un homme. Pour ne plus avoir peur le soir, pour faire mon sport tranquille et prendre les transports à toutes heures. Pour ne plus demander à mon mari de venir me chercher à la gare le soir parce que je ne me sens pas à l’aise pour rentrer seule à pied. Pour être craint finalement, comme moi je crains certains hommes.

Je voudrais être un homme, pour ne plus avoir honte de marcher dans la rue. Pour ne plus baisser les yeux face aux insultes. Pour garder la tête droite sans risquer de me prendre un poing. Pour pouvoir passer à côté dans un autre homme sans faire un pas de côté.

 

Et toi, tu changerais quoi ? Ton sexe ou la société ?