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(sources photos : L214 et Jo-Anne McArthur. weanimals.org)

Ce 23 juillet fut un jour particulier. En me levant, j’étais enfin prête à passer un cap que j’envisageais depuis déjà quelques mois. La veille l’idée était claire dans mon esprit, je me sentais enfin assez forte pour assumer ce choix face aux autres, face aux critiques, face à la société.

Ce mercredi 23 juillet j’ai décidée d’être végétalienne et de l’assumer.

Pour comprendre cette décision, il faut regarder en arrière, en direction du chemin parcouru depuis le jour où j’ai décidé de devenir végétarienne (le 15 avril 2013) jusqu’à aujourd’hui.

La décision de devenir végétarienne s’est faite petit à petit. J’y réfléchissais depuis quelques années, sans vraiment me pencher sur la question. Je me disais : un jour, peut-être, plus tard...Et puis un jour, sans raisons particulières, ni d’éléments déclencheurs comme certains, j’ai changé mon alimentation du tout au tout. J’ai pris un mois avant d’oser l’annoncer à mes proches, sauf à mon compagnon, au courant le jour même. Il l’a tout de suite accepté et compris. La plupart de mes proches aussi, même s’il leur aura fallu du temps pour s’y adapter. Les premiers mois j’ai eu droit aux remarques classiques du genre : « mais le poisson, tu peux ça le poisson ? »… « Mais le jambon ce n’est pas de la viande ! »…. « Aller un petit morceau ce n’est pas bien grave ! ».

Je n’en veux pas à mes proches, je pense qu’ils se sont sentis bousculé dans leurs habitudes, leur routine culinaire. Je pense surtout qu’ils ont eu peur pour moi, ma santé, les carences etc. Je ne leur ai pas encore annoncé mon végétalisme, mais je sais qu’ils auront de nouveau les même craintes, avant de comprendre que je ne prends pas les choses à la légère, que je fais attention à manger équilibré pour éviter ces fameuses carences.

Bref, je suis devenue végétarienne du jour au lendemain. J’ai d’abord appris à apprivoiser ce nouveau mode alimentaire avant de vraiment me poser des questions sur le « pourquoi ». Je n’avais pas d’armes pour me défendre contre les critiques. Je savais simplement que manger de la viande n’entrait plus dans mon éthique de vie, que je ne voulais plus que des animaux meurent pour moi, que ce n’était pas très écologiques,… mais je ne savais franchement rien dire de plus. Et j’ai compris que ça ne suffirait pas. Que ça ne suffirait jamais. Dire simplement : je ne mange pas de viande parce que je ne veux pas manger un animal mort rien que pour mon plaisir gustatif, parce qu’au fond de moi je pense qu’il a le droit de vivre, de ne pas souffrir et d’être là pour lui-même et pas dans mon intérêt…ça ne suffit pas. La plupart des gens s’en moquent. Pour eux, le ressenti, les émotions ne sont pas des raisons.

J’ai compris ce jour-là qu’il faut des mots, des phrases, des chiffres, des preuves par A plus B pour expliquer ce qui pour moi semble évident. Que je devais m’armer d’arguments pour justifier un choix du cœur et de la raison. Alors je me suis (in)formée. J’ai lu, et je lis encore. J’ai regardé des films, des documentaires, même les plus petits.

Et j’ai ouvert les yeux sur l’horreur que j’avais simplement imaginée sans vraiment la regarder en face. Ce que je sentais intuitivement n’égalait pas la réalité. Je savais que les conditions d’élevage et d’abattage n’étaient pas terribles. Mais la réalité était encore plus cruelle, plus horrifiante. J’ai pleuré. J’ai eu envie de hurler. J’en ai voulu à cette société de m’avoir menti, de m’être laissée tromper, d’avoir pu croire tout ce temps que ce n’était pas si horrible que ça.

J’ai culpabilisé de ne pas m’être informée plus tôt. Mais on ne change pas le passé. Alors j’ai continué à avancer, à vouloir en savoir plus.

Quand je suis devenue végétarienne je ne pensais jamais devenir végétalienne, j’ose le dire aujourd’hui, je trouvais ça  « extrême ». Je ne comprenais pas en quoi consommer des produits laitiers et des œufs était aussi « grave » que de manger de la viande.

Et puis de lecture en lecture, de discussion en discussion j’ai compris. Et j’ai encore un peu plus ouvert les yeux. Il m’a fallu du temps, quelques mois de réflexion pour oser le changement. Parce que c’est encore plus dur à assumer en société, encore plus de questions auxquelles il faut répondre, encore plus de problèmes pour manger à l’extérieur. Mais aussi parce qu’il me semblait impensable de faire un gâteau sans œufs ni lait, qu’au début les laits végétaux ne me plaisaient pas trop,…

Puis petit à petit j’ai opéré le changement. J’ai d’abord supprimé les œufs, puis le lait, puis les yaourts et autres crèmes pour ne garder que les fromages. Pour finalement tout abandonner, faire ce petit pas vers un peu moins de cruauté encore.

Je n’ai pas envie de vous expliquer pourquoi. Je pourrais vous parler des conditions d’élevage atroces des poules pondeuses, de l’hypocrisie des œufs plein air, du broyage des poussins mâles. Je pourrais aussi vous parler de la séparation de la vache et de son veau, vous montrer des vidéos à vous déchirer le cœur. Je pourrais vous parler du quotidien inhumain de chacun de ces animaux, de ces mères sans leurs petits, de ces poules dont le bien-être est complètement nié…de leurs souffrances tout simplement.

Mais je n’en ai pas envie. Pas aujourd’hui. Parce que si vous voulez vraiment savoir, il vous suffit de taper sur internet, qu’en quelques clics vous serez tout aussi informé que moi. Je continuerais bien sûre à expliquer, à en parler autour de moi, parce qu’il faut que les gens ouvrent les yeux, qu’ils aient les clés en mains pour opérer les changements. Je continuerais à sensibiliser mon entourage, à m’informer, à manifester.

Mais ce n’est pas le message que j’ai eu envie de passer ici. Ce que j’ai eu envie de dire c’est que je suis enfin en paix avec moi-même, avec ce que je ressens et ce que je pense.

Et j’ai simplement envie de répondre à ceux qui me demanderont « mais pourquoi ? » que je ne veux plus participer à la souffrance. Si l’on veut voir un changement dans le monde, il faut commencer par se changer soi-même. Je souhaite un monde avec moins de souffrance humaine et animale. Alors je décide, par mes choix quotidiens, de faire un petit pas en plus vers ce monde souhaité. Et ça commence dans mon assiette.

Et à ceux qui ne voudront pas comprendre, j’ai simplement envie de leur dire : j’écoute mon cœur et ma tête. Et ce qu’ils me disent me semble être le mieux pour moi, pour les autres et pour le monde. A chacun de comprendre ce qu’il voudra et de respecter mes choix.